PLURIELS CROISES

Projet de Développement d’un réseau digital des productrices de Maïs et de Plantain et tubercules à l’Est Cameroun

Contexte et Justification du projet

Selon les dernières projections basées sur l’annuaire statistique du Cameroun édition 2015 et les différents rapports ECAM, la région de l’Est compte environ 830 039 habitants en 2014 et représente 4,1 % de la population totale du Cameroun. Repartit en 33 communes, la densité démographique de cette région, est de 7,29 habitants/km2. Sa population constituée en 2014 de 45,6 % des mois de 15 ans soit 370 325 habitants et de 44,6% des moins 15 à 59 ans est confronté au défis des  pouvoirs publics de procurer à chaque jeune, et aux femmes un emploi, à la fois décent et productif tel que prévu dans la vision que s’est donnée le Cameroun à l’horizon 2035. D’autant que, d’après le recensement démographique de 2005, près de 39,3% des jeunes de 15-24 ans sont sans emploi. Chez les jeunes hommes, cette proportion est de 40,5% contre 38,5% chez les jeunes femmes.

Avec un taux d’urbanisation de 36,5 %, la région a bâti ses activités économiques autour de l’exploitation forestière, de l’élevage, de l’exploitation minière et de l’agriculture. Essentiellement développée dans les départements de la Boumba et Ngoko et du Haut-Nyong l’agriculture au regard des vastes étendues de terre disponible est un gros enjeu de développement. Les principales cultures pratiquées sont les tubercules, la banane/plantain, le maïs et l’arachide pour l’agriculture vivrière; le tabac, le Cacao et le café pour l’agriculture de rente. Perçue comme fondamental dans le Programme de développement durable à l’horizon 2035, l’agriculture constitue un dénominateur commun entre les questions de la pauvreté, de la durabilité, de la sécurité alimentaire et de l’égalité entre les sexes. D’ailleurs pour le cas spécifique de la région de l’Est, l’insertion des femmes dans les activités relevant des secteurs non agricoles reste limitée et s’est dégradée entre 2001, 2009, et 2014. En effet, en 2011 selon le rapport ECAM, le pourcentage des femmes de 15-64 ans employées dans le secteur non agricole est de 37,9 %. Ce ratio se situe autour de deux personnes sur dix en 2007 et en 2009. Ces données factuelles permettent de relever que l’agriculture est une donnée importante pour la gente féminine à l’Est.

La production est dominée sur les cinq dernières années par les Racines &Tubercules et les fruits & légumes qui représentent respectivement 51% et 36% du total des productions. La banane plantain domine à plus de 90% la production des fruits et légumes alors que le manioc représente plus de 70% de la production des racines et tubercules. Pour ces deux groupes de cultures, la production est en augmentation croissante d’environ 10% entre 2009 et 2011 puis d’environ 16% entre 2012 et 2014. D’ailleurs pour une Superficie 43696 ha la région de l’Est produit en 2011 86324 tonnes de Maïs et sur la même période 863821 tonnes de banane plantain pour une superficie 60802 ha.

 

Ces données pourraient faire penser à une production agricole satisfaisante ; mais celle-ci reste en réalité insuffisante selon l’approche «Consolidated Appoach for Reporting Indicators of Food Security» (CARI) mobilisée par le Programme Alimentaire Mondial et le Programme National de Sécurité Alimentaire du Cameroun en Septembre 2016. Il ressort en 2016 qu’à l’Est Cameroun environ un ménage sur cinq (24% contre 19% en 2015) est en insécurité alimentaire, dont 3% de manière sévère (contre 2% en 2015). Globalement, la sécurité alimentaire des populations se serait donc détériorée, passant de 19% en 2015 à 24% en 2016. Il en découle que 3% des ménages sont dans une situation d’urgence et 21% se trouvent en situation de crise, selon les phases du Cadre Intégré de Classification de la sécurité alimentaire (IPC). Il apparait un double enjeu lié à la création des emplois vue le taux de chômage, de même que des enjeux liés à la satisfaction des besoins alimentaires des ménages.

 Les déterminants de cette double dégradation sont liés entre autres au changement climatique ayant engendrés des bouleversements du calendrier agricole, aux perturbations socio politiques en RCA et aux exactions de la secte terroriste Boko-Haram. Depuis 2013, les troubles sociopolitiques survenus en Centrafrique et les attaques de Boko Haram (BH) ont en effet, provoqué un afflux important de réfugiés sur son territoire. Le rapport inter-agences sur la situation des réfugiés centrafricains d’Août 2016 indique un total de 274 090 réfugiés centrafricains au Cameroun résidant dans l’Est, l’Adamaoua et le Nord. Tous ces mouvements massifs de populations ont perturbé l’ordre économique et social, et provoqué une pression supplémentaire sur les ressources qui se sont progressivement limitées en accentuant les vulnérabilités.

L’implication dans le secteur agricole de 90% des ménages ruraux des régions de l’Est, Nord et Extrême-Nord, ne suffit donc pas à satisfaire les besoins.  Les raisons de ce rapport ambivalent sont à rechercher dans la taille des superficies cultivées, l’absence d’assistance technique, la situation phytosanitaire de l’Est caractérisée par des attaques des chenilles, le manque d’intrants agricoles, les difficultés d’écoulements en produits, le manque de pesticides et l’insécurité. D’où la pertinence de la 4ieme recommandation du rapport de la mission conjointe MINADER/FAO/PAM du 7 au 21 Décembre 2014 qui stipule : Il est impératif de continuellement mettre en œuvre a l’Est des projets d’aide aux petits cultivateurs pauvres en particulier les femmes afin de les aider à devenir compétitives sur les marchés agricoles. Le présent projet de développement du réseau digital des femmes productrices de Maïs, de Plantain et de Tubercules, s’inscrit dans cette dynamique avec au plan opérationnel un certain nombre de référents facilitant son implémentation.

Il s’agit de partir du système d’agriculture familiale actuel vers une digitalisation pouvant permettre de pérenniser des exploitations agricoles durables et résilientes. Il est important d’accompagner les femmes à la maîtrise en amont et aval des systèmes d’informations, des systèmes de production pour une professionnalisation de l’activité agricole. Elles font d’ailleurs face dans cette localité aux difficultés d’accès aux marchés, à l’incapacité à prévoir leur niveau de production rendant difficile toute négociation avec les acheteurs et les institutions financières. Les problèmes liés, à l’isolement, à la non maitrise des processus d’innovation et de gestion des connaissances liés au contenu agricole local viennent limiter le niveau de compétence agricole et commercial de cette catégorie sociale. La mise en place du réseau digital des femmes productrices de maïs, de plantain et des tubercules permettra non seulement de résoudre ces difficultés, mais aussi et surtout d’améliorer la participation des petites exploitantes dans la chaîne de valeur.

A termes, le projet de mise en place d’une plate-forme digitale des agricultrices permettra de transformer la vie des exploitants familiaux en leur donnant un meilleur accès à l’information, aux marchés, aux services et intrants et en accroissant leur résilience aux chocs externes comme le changement climatique qui affectent leur bien-être et leur condition de vie.